Bobines récalcitrantes? Que nenni!

Parmi les retours d’utilisateurs du Solénotest, il y a une expérience dérangeante que vivent certains, comme Claude dont je relate ici nos échanges… car cette aventure est des plus instructive.

Courant octobre, notre ami Solexiste déjà heureux possesseur d’un Ruptomètre depuis plusieurs mois, décide de franchir le pas et de s’offrir un Solénotest pour compléter sa panoplie de test. Quelques jours plus tard, il m’écrit un peu dubitatif quant à l’appareil. En résumé, il voudrait savoir si j’ai vérifié son Solénotest avant de l’envoyer car il a passé trois bobines en test et aucune d’entre elles ne donne d’étincelle… sauf que sur ses machines, les bobines lui donnent satisfaction : les Solex démarre sur 1 mètre, et il roule à 30km/h en croisière pour reprendre ses écrits.

Soucieux de comprendre, nous engageons une discussion et je profite de l’occasion pour vous en donner les grandes lignes et surtout l’issue.

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Dans un premier temps et pour répondre à la question de Claude, les Solénotests (comme les Ruptomètres) sont tous testés individuellement avant envoi. En effet, chaque Solénotest est unique car je dois, pour compenser la dispersion inhérente à la précision des composants, appairer chaque éclateur au circuit électronique. Pour ce faire, je teste chaque Solénotest avec deux bobines de références : une bobine SEV verte de VSX2200 qui est bonne (train continu d’étincelles), et une bobine Marchal rouge de VSX3800 qui est une farceuse (il manque quelques étincelles dans le train). J’adapte l’usinage des éclateurs en fonction des résultats, et les Solénotests qui vous sont envoyés sont 100% testés et validés.

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Reste le soucis de Claude.

Pour démêler l’imbroglio, nous réalisons quelques tests à distance afin d’écarter toute mauvaise manipulation de l’appareil et tout dysfonctionnement qui aurait pu résulter d’un transport un peu violent (choc…). Après quelques jours, les faits restent têtus : d’après les tests effectués, l’appareil est conforme, mais à juste titre Claude en doute toujours car il est persuadé du bon fonctionnement de ses bobines, performances des moteurs à l’appui.

Je propose alors de rapatrier le Solénotest de Claude chez moi, accompagné de ses trois bobines à tester… car à distance, nous avons épuisé toutes les possibilités de diagnostic.

Quelques jours plus tard, le paquet arrive à la maison et c’est un unboxing un peu particulier que je vous propose en vidéo:

A la fin de la séance, on est au même point : le Solénotest fonctionne, les bobines ne donnent pas d’étincelles en test, ce qui les classes comme mauvaises, et pourtant les Solex tournent!… et pour finir de vous achever, je vous affirme que c’est normal 😉 !!!!!

Pour comprendre cette contradiction apparente, il faut plonger dans le fonctionnement des bobines et mettre en regard les choix technologiques de construction du Solénotest.

FONCTIONNEMENT SIMPLIFIE DE LA BOBINE D’ALLUMAGE :

Pour générer des étincelles, la bobine fonctionne comme un élément de stockage et de restitution de l’énergie : elle se charge sous l’effet du courant induit qui circule lorsque le rupteur est fermé, puis restitue l’énergie emmagasinée à l’ouverture du rupteur, provoquant une forte élévation de la tension au secondaire responsable de l’étincelle à la bougie. Ce scénario diabolique fonctionne, sous réserve que l’énergie emmagasinée par la bobine soit suffisante. Cette énergie dépends deux paramètres clés : l’état de la bobine (sa capacité à laisser circuler le courant), et le temps de conduction. Pratiquement, sous l’influence de ces deux paramètres, l’énergie augmente jusqu’à atteindre un maximum (cas optimum), après quoi la bobine ne fait que chauffer par effet résistif.

A contrario, une bobine peut présenter un mauvais fonctionnement si elle n’emmagasine pas assez d’énergie, faute de temps disponible pour se charger, couplé de sa capacité à laisser passer le courant.

Illustrons ces propos avec deux graphiques simples représentant une image du courant idéal dans la bobine d’un Solex lancé à 5km/h (démarrage) et à 35km/h (vitesse maxi), avec le temps écoulé sur l’axe horizontal (en millisecondes) :

Sans surprise, on voit que le moteur lancé pleine vitesse a des cycles bien plus court que celui au ralenti : à 5km/h, le moteur à fait un tour en 120 millisecondes, alors qu’à 35km/h il en a déjà fait 7 !… mais zoomons un peu pour mieux voir :

Là, on voit clairement que le temps de magnétisation (rupteur fermé) est très court sur un moteur à 35km/h (environ 5ms), alors qu’il est assez long sur un moteur au ralenti (environ 35ms). La même bobine, dans ces deux régimes différents, n’a pas le même temps de magnétisation disponible pour emmagasiner le maximum d’énergie possible. Conséquence directe, une bobine pourrait fonctionner correctement à 5km/h (i.e. se charger à bloc!), et ne plus fonctionner à 35km/h faute de temps pour emmagasiner l’énergie nécessaire.

CHOIX TECHNIQUES DE CONSTRUCTION DU SOLENOTEST :

Par choix de conception, le Solénotest fait circuler le courant dans les bobines en test durant un temps fixe de 5ms, quel que soit le régime sélectionné sur l’appareil. L’idée sous-jacente, c’est de se placer dans les conditions les plus contraignantes d’un point de vu électrique, et de vérifier in fine que la bobine fonctionnera dans les conditions les plus défavorables qu’il soit pour elle (temps de magnétisation minimum).

La variation de régime du Solénotest n’est utilisée que pour rendre audibles et comptables les impulsions ; elle n’a aucune influence sur le temps de magnétisation qui reste fixe (et diffère en ce sens du fonctionnement normal du moteur vu auparavant).

RESUME :

Vous l’avez déjà compris, les bobines de notre ami Claude sont fonctionnelles à faible régime (démarrage sur 1 mètre), et tiennent encore le coup jusqu’à 30km/h (sa vitesse de croisière) car les temps de magnétisation sont suffisamment longs… sauf que le Solénotest les teste à 35km/h (vitesse théorique maximum du Solex), vitesse qu’elles ne peuvent pas soutenir, la faute à de temps de magnétisation devenu trop court compte tenu de leurs caractéristiques électriques vieillissantes.

Et la boucle est bouclée : le Solénotest fonctionne correctement, les bobines de Claude sont bien des farceuses qui lui donneront satisfaction jusqu’à 30km/h, mais elles vont brider la vitesse maximum atteignable en coupant les étincelles au-delà de cette vitesse.

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Grave ou pas… je vous renvoie à cet autre article: Bobine panique. Il n’y a pas de vérité, et chacun fera selon ses convictions 😉